Le vrai blocus de Cuba : son Politburo

Décidément, la situation n’est pas rose à Cuba : le blocage de toute entrée de pétrole par les États-Unis n’arrange pas du tout l’île des Caraïbes – au point que Poutine, l’ami des castristes, monte au créneau. Sans cela, il va de soi que le communisme, en place à Cuba depuis plus d’un demi-siècle, aurait transformer l’île en véritable paradis.

C’est absolument évident à tel point que, dès qu’on évoque la misère cubaine, le mot « embargo » jaillit comme un diable de sa boîte, avec la certitude tranquille de celui qui vient de résoudre une équation à une inconnue.

Cuba va mal ? C’est l’embargo ! Cuba n’a plus d’électricité ? C’est l’embargo ! Cuba manque de nourriture ? C’est l’embargo. Le raisonnement est aussi simple qu’une recette de cuisine soviétique : prenez un pays, saupoudrez généreusement de communisme, faites revenir pendant quelques décennies et ajoutez quelques sanctions américaines : vous obtenez automatiquement la famine.

Et que ce raisonnement soit faux de bout en bout n’a jamais découragé les gauchistes.

Rappelons d’abord un fait que nos amis collectivistes préfèrent oublier : avant la révolution de 1959, Cuba était l’un des pays les plus développés d’Amérique latine, avec le quatrième en revenu par habitant, derrière le Venezuela, l’Uruguay et l’Argentine. Un médecin pour 980 habitants, un réseau ferroviaire pionnier (le premier d’Amérique latine, en 1837), la télévision commerciale dès 1950, plus de 350 salles de cinéma à La Havane, l’île n’était certes pas la Suisse, mais elle n’était pas non plus le tiers-monde que soixante-cinq ans de communisme en ont fait.

L’embargo, cet épouvantail

Quant à cet « embargo » dont les gauchistes parlent comme d’un mur de Berlin maritime, il n’est en réalité qu’une interdiction faite au régime castriste de contracter des dettes en dollars et de commercer directement avec des entreprises américaines, avec, notons-le, de substantielles exceptions pour les produits alimentaires et médicaux.

Pour l’énorme reste, Cuba peut commercer avec les États-Unis et d’ailleurs, les chiffres sont éloquents.

Entre 2000 et 2021, ils ont exporté vers Cuba entre 176 et 710 millions de dollars de produits alimentaires par an. En 2008, 35 à 45 % des importations alimentaires cubaines venaient des États-Unis, qui étaient devenus le premier fournisseur de nourriture de l’île. Les États-Unis fournissent encore 96 % du riz et 70 % de la volaille consommés à Cuba.

Voilà un embargo nettement moins étanche que ce qu’en disent les gauchistes.

Et pour le reste du monde ? Aucune restriction.

Cuba commerce librement avec l’Espagne, le Canada, la Chine, le Mexique, le Venezuela, la France, le Brésil et des dizaines d’autres pays. L’île reçoit des millions de touristes par an. Des entreprises espagnoles y investissent dans le tourisme. Des compagnies canadiennes y exploitent des mines. L’Union européenne entretient des relations diplomatiques et commerciales normales avec La Havane.

Prétendre que Cuba ne peut pas commercer est un mensonge pur et simple. Cuba peut commercer avec qui elle veut, mais ce qu’elle ne peut pas faire, c’est payer en dollars américains.

La dette, ou l’art de plumer la planète

D’ailleurs, Cuba en profite pour ne pas payer du tout ! Car voici le véritable tour de force du régime : avoir réussi à emprunter à la terre entière, à ne rembourser personne, et à faire porter le chapeau aux Américains.

Le palmarès est savoureux et tous ceux qui ont prêté à Cuba se sont finalement fait plumer : la Russie a prêté 35 milliards de dollars, et en a annulé 90 % en 2014. La Chine a prêté 6 milliards, et a tout effacé en 2011. Le Mexique : 487 millions, effacés en 2013. L’Afrique du Sud : 137 millions, effacés en 2012. Le Club de Paris : 11,1 milliards, dont 8,5 remis en 2015. La Roumanie attend toujours ses 900 millions. La République tchèque, ses 276 millions. La Hongrie, ses 200 millions. Les entreprises espagnoles, leurs 325 millions.

Au total, plus de 59 milliards de dollars ont été reçus mais jamais rendus, et ne sont manifestement jamais arrivés jusqu’au peuple cubain. Quant au dernier crédit russe de 50 millions de dollars en 2018, il a servi — en pleine crise alimentaire — à acheter des véhicules blindés et des hélicoptères.

On a les priorités qu’on mérite.

2026 : la crise de trop

Certes, comme l’introduction le mentionnait, la situation s’aggrave en ce début 2026 avec le blocage du pétrole vénézuélien par Washington, dans la foulée de l’intervention américaine au Venezuela. Les coupures d’électricité atteignent 20 heures par jour dans certaines provinces. La pénurie alimentaire est réelle et la souffrance du peuple cubain n’est pas en question.

Mais cette crise énergétique n’est que le dernier symptôme d’une maladie chronique.

Ainsi, il y a eu cinq blackouts nationaux entre octobre 2024 et septembre 2025, selon Human Rights Watch, et ce bien avant donc le durcissement de janvier 2026. À ceci s’ajoutent des centrales thermiques vétustes jamais entretenues, un réseau électrique en ruine et, le comble, une agriculture collectivisée incapable de nourrir 11 millions d’habitants sur l’une des terres les plus fertiles des Caraïbes…

Comme le notait récemment avec un humour mordant Philippe Silberzahn sur X, il n’y a plus rien à manger dans un pays dont le programme économique a pourtant été validé par les 650 « plus grands économistes de France » (dont ceux du NFP, bien sûr) … Il y a vraiment un côté fascinant à voir les mêmes esprits qui réclament la fin du libre-échange – source de toutes les misères, c’est bien connu – pleurnicher quand les États-Unis décident justement de limiter leurs échanges avec Cuba. On aimerait savoir : le commerce international est-il un fléau ou une bénédiction ? Il faudrait choisir.

Le vrai embargo, c’est le communisme

La réalité est limpide pour quiconque accepte de la regarder en face : la Russie, devenue largement capitaliste depuis vingt ans, a traversé des sanctions bien plus sévères que celles qui pèsent sur Cuba, et s’en sort malgré tout. Le Vietnam, communiste de nom mais capitaliste de fait, prospère. La Chine a sorti 800 millions de personnes de la pauvreté le jour où elle a laissé le marché fonctionner.

Cuba, elle, reste fidèle à la planification centrale, au contrôle des prix, à la collectivisation de l’agriculture, à l’interdiction de l’entreprise privée (timidement assouplie en 2021, soit trop peu et trop tard). Le résultat est celui que le communisme produit toujours et partout : la pénurie, la misère et l’émigration de masse.

Mais cela, les fins « économistes » français – dont ceux qui ont « validé » un programme cubain à l’efficacité fort douteuse – préfèrent ne pas le voir. L’embargo américain, aussi réel qu’il soit dans sa dimension politique, est devenu le paravent commode derrière lequel se cache l’échec structurel, total et irrémédiable d’un système qui, de Moscou à Pyongyang en passant par Caracas, produit invariablement le même résultat.

Le vrai blocus de Cuba n’est pas dans le détroit de Floride : il est dans les têtes du Politburo.

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Commentaires718

  1. Pheldge

    HS: pour les tireurs sportifs et possesseurs d’armes – j’ai des noms –
    « Protéger les tireurs sportifs victimes de cambriolages »
    youtube.com/watch?v=ACOZt9N04QE

  2. MadeInCH

    Je serais membre d’une minorité en Iran, je prierait pour que le régime ne s’effondre pas.
    Actuellement, les minorités juives, chrétiennes, zoroastriennes existent et ne sont pas persécutée. Elles ont droit de culte, et ont le droit d’avoir des représentants au parlement et de participer aux débats. Même sans droit de vote, c’est plus que ce que l’Arabie Saoudite, Grand Amis de l’Occident, donne aux non-muzz de son pays.
    Et si le système iranien s’effondre, ce sera la Syrie avec la Libye. Pas bon être une minorité quel qu’elle soit.

    1. breizh

      les exemples libyen, irakien, syrien, afghan…, incitent à la plus grande prudence.
      Mais la folie n’est-elle pas de refaire toujours la même chose en espérant un régime différent ?

      1. Mitch

        Oui breizh, du fond de ton canap la vie est comfy. A Teheran, les prisons sont pleines et ils les vident en pendant les réfractaires. Tu devrais aller expliquer aux Iraniens tes vues, tu auras toute leur écoute.

        Vous avez une capacité à vous contempler le nombril en occident qui est sidérante. Je ne parle pas que de vos dirigeants, hein, je parle aussi du ‘man in the street’. Je le sais pour l’avoir vécu de l’exterieur en tant que ‘victime’ de votre bien pensance, de votre droit international unidirectionnel, etc et pourtant ça arrive encore à m’etonner même si j’y suis préparé. T’es tu demandé une seconde ce que le peuple Iranien voulait? as tu ouvert les yeux sur les 50 ans de misère que vit ce peuple? Ils veulent virer les Mollahs et sont prêt à mourir pour ça. Tu penses que c’est à toi d’aller leur expliquer qu’ils risquent de se retrouvent en zone de turbulences sévères? tu penses qu’ils ne le savent pas? Ils sont prêt à prendre le risque de leur vie et le saut dans l’inconnu pour ça. Tu devrais les applaudir plutôt que de gémir sur tes considérations purement politiques et idéologiques (les US, Israel et toussa) dont ils se branlent.

        1. MadeInCH

          Je ne parle pas de la façon dont l’Iran traite les opposants politiques et les criminels de droit commun. Je parle des conditions de vie des simples pékins de minorités, qui ne sont ni des opposants politiques ni des criminels.
          C’est vrai que l’expérience réelle et récente des changements de régimes en Irak, Libye et Syrie se sont très bien passée pour les minorités.

          1. durru

            « l’expérience réelle et récente des changements de régimes en Irak, Libye et Syrie »
            Quel rapport ? Compare plutôt avec le Venezuela. Et après on en reparle.

            1. MadeInCH

              Le Vénézuéla a été bombardé par les américaine?
              Il y avait des minorités opprimée ou acceptés au Venezuela, ce qui est le thème de mon message?
              La vie des vénézuéliens s’est améliorée depuis?

        2. MadeInCH

          « ’es tu demandé une seconde ce que le peuple Iranien voulait? as tu ouvert les yeux sur les 50 ans de misère que vit ce peuple?  »
          Le même discours à l’époque du renversement du shah.

        3. breizh

          @mitch :
          1) c’est impressionnant cette prétention à parler à la place des iraniens…
          2) Je remarque juste que la délivrance apporté par les bombardements occidentaux a plutôt eu l’effet inverse par rapport à la situation antérieur. Je doute donc que sur l’Iran ce soit différent.
          3) un conseil : ôte tes lunettes pro-usa et met toi à réfléchir…

          1. Mitch

            1/ je te retourne la remarque. La difference entre toi et moi? j’ai vécu vos conneries et vos belles théories, votre morale à 2 balles et votre ‘droit international’ de l’autre coté. On en sort … ‘different’. Pour les Iraniens tu es en train de nous dire qu’ils ne veulent pas se débarrasser de leur Mollahs, c’est ça? Beau!

            2/ Tu ne remarques rien car pour l’instant il n’y a rien à remarquer. Les mecs qui étaient dans la rue et voulaient faire tomber le régime des Mollahs est aux abris. Quel va être la dynamique dans les prochaines semaines (mois?)? nul ne le sait (enfin sauf toi visiblement, qui basé sur l’Irak ou l’Afganistan tire les conclusions qui vont dans le sens de ton idéologie)

            3/ Ote tes lunettes anti-tout (tout étant les US, Israel) et surtout pro Palestos, et observe (réfléchir viendra dans un second temps)

            1. Si je vous dis que tout ce qui se passe n’a pas réellement à voir directement avec l’Iran mais beaucoup plus avec Londres, je pense que je vais en larguer beaucoup trop.

              Enfin bon, demain, j’ai un long billet sur le sujet. Il y est un peu question de pétrodollars (mais c’est un prétexte) et surtout de réseaux de trafics massifs. Trump avait dit qu’il voulait se débarrasser du Deep State, c’est ce qu’il fait. Surprise : c’est pas exactement ce que certains croyaient.

              1. Mitch

                Je constate aussi que Iran + Venez c’est 20% du pétrole Chinois (et à des prix d’amis très très en dessous du marché). Sans doute aussi un élément.

        4. René-Pierre Alié

          « Ils veulent virer les Mollahs et sont prêt à mourir pour ça. »
          C’est fou, ces gens qui lisent dans la tête des Vénézuéliens, des Iraniens… et qui prennent leurs désirs pour des réalités, quitte à donner un petit coup de pouce pour que leurs prédictions se réalisent.
          Self fullfiling predictions.
          Et ce sont les mêmes qui vous chantent le patriotisme, la liberté, sans comprendre apparemment qu’une agression extérieure rassemble, plus qu’elle ne divise.

            1. René-Pierre Alié

              Macrotte ne représente pas la France. Il est le représentant d’un ennemi intérieur, l’État, et d’un ennemi extérieur, l’UE.
              C’est sa disparition qui rassemblerait les Français.

                1. Mitch

                  Et donc ce qui est vrai pour la France serait *forcément* faux pour l’Iran, le Venezuela, etc ? Intéressant…

                  D’autant plus que ces 2 derniers mois en Iran ce n’est pas comme s’il ne s’était rien passé … Il y a des FAITS (qui n’ont visiblement pas d’importance et sont requalifiés en ‘désirs’)

              1. Mitch

                Pareil pour les iraniens. Ces 2 derniers mois dans la rue au péril de leur vie ils ne chantaient pas les louanges des Mollahs, si?

          1. Mitch

            C’est 2 derniers mois les Iraniens étaient dans la rue au péril de leur vie. Beaucoup sont morts. C’est un fait. Vous le niez?

            On ne saura sans doute jamais le nombre de morts mais cela semble assez massif (plusieurs 10ene de milliers). Vous le niez aussi?

            Pour le Venez 10 mio ont fuit leur pays. Sans doute car ils y vivaient trop bien Vous le niez?

            Il ne s’agit pas de lire dans leur tête, juste d’observer les faits. Enfin, les faits ne sont pas mes désirs, ce sont juste des faits.

            La dynamique dans les prochaines semaines? ben c’est vous qui semblez lire dans votre boule de crystal ou dans la tête de mio d’Iraniens. Les faits ce sont que nul ne la connait. Le régime est honnis, je doute que le peuple fasse bloc. Mes connaissances Iraniennes sont ravis (mais ils sont aux US à l’abri c’est vrai). A voir ce qui en sortira. La durée du conflit sera un paramètre fondamental.

            De toute façon laisser les Mollahs avoir la bombe atomique aurait été pure folie. A moins qui vous le niez aussi?

            L’Iran des mollahs s’est aussi ses proxies dans le monde et ses financements. Libre à vous de les pleurer.

        1. MadeInCH

          Quoi?
          C’est vrai?
          Parce ce que ce n’est ni le gorafi no Babylone Bee???
          .
          Faut avouer que c’est difficile d’inventer des trucs plus ridicule que ce qui se fait en vrai, actuellement…

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