Bukele, la kryptonite des politiciens français

« Security was just the beginning. »

C’est avec ces quelques mots que, le 5 septembre dernier, Nayib Bukele, le président du Salvador, annonçait que les élèves de 171 écoles publiques de son programme de modernisation, évalués en juin par l’OCDE, obtenaient en lecture, mathématiques et sciences des résultats « comparables aux moyennes de l’Allemagne et de la Suède ».

Le secret ? Ces établissements tournent depuis un an avec des tuteurs IA (Grok, de xAI).

Ironie du sort : trois jours plus tard, l’OCDE publiait PISA 2025 qui montrait un véritable effondrement de l’enseignement dans les pays de l’OCDE avec des scores particulièrement préoccupants en France.

À ces mêmes résultats, le Salvador quant à lui obtient 385 points en sciences, 346 en mathématiques et 366 en lecture, contre 373, 343 et 365 en 2022. Des progrès finalement modestes et des scores qualifiés par l’OCDE de « pratiquement identiques à ceux de 2022 ».

Le miracle vanté par Bukele se serait-il évaporé ?

En réalité, l’épreuve PISA 2025 a été passée au printemps 2025 ; or, le partenariat avec xAI date du 11 décembre 2025, et le pilote des 171 écoles tourne depuis l’été 2025. Autrement dit, les adolescents testés dans le cadre de PISA n’ont donc jamais vu la couleur d’un tuteur IA. Comme PISA passe à un cycle de quatre ans, le vrai verdict tombera en 2029.

Cependant, la cohorte 2025 montre autre chose : ces élèves ont eu quinze ans dans un pays passé de 103 homicides pour 100 000 habitants en 2015 à 1,3 en 2025 : la capitale mondiale du meurtre a rejoint le niveau de l’Europe de l’Ouest en une décennie.

L’OCDE ajoute une nuance que personne ne relèvera : la stagnation apparente en mathématiques et en lecture s’explique en partie par l’entrée dans le système de jeunes de quinze ans issus de populations jusque-là hors de l’école, ce qui veut dire que la moyenne a tenu bon pendant qu’on élargissait la base. Rien que pour cela, la politique de Bukele mérite d’être étudiée.

Il n’en sera rien, et pour cause : elle reste un véritable morceau de kryptonite posé au milieu du salon des socialistes européens, car pour eux, l’insécurité – c’est certain ! – est « multifactorielle », donc structurelle, donc évidemment insoluble sans davantage de moyens, de prévention, de lien social et d’épais rapports, voire des petites cellules psy, un numéro vert et des salles de sport ou multimédias flambant (!) neuves.

Cinquante ans de ce discours, et un pays d’Amérique centrale démontre malencontreusement en quelques années qu’il ne s’agissait pas d’une fatalité mais, au mieux d’un choix politique foireux ou, au pire, d’un gros pipeau paresseux.

L’horreur pour nos socialistes est que ce mécanisme est en train de se reproduire sur l’éducation.

La France sort de PISA 2025 avec 456 points en compréhension de l’écrit et 458 en mathématiques. Les sciences reculent à 483. Ce sont les plus mauvais résultats français depuis la création de l’enquête en 2000, dans les trois matières simultanément, autour du vingt-septième rang. La proportion d’élèves faibles en mathématiques passe de 29 à 36 %. Le tout pour la modique somme de 63 milliards d’euros hors pensions, quatre mille postes supprimés cette année, et des communes où le maire finit par faire la classe.

Le budget salvadorien de l’éducation pèse 1,68 milliard de dollars pour 1,2 millions d’élèves, soit 1400 dollars par élèves, à comparer aux 5430 euros par élèves français…

Amusante collision de l’actualité : la cible bouge… vers le bas. En effet, pendant que le Salvador rattrapait l’Allemagne, l’Allemagne perdait 15 points en lecture et 11 en mathématiques, la Suède 21 et 18. Le pilote salvadorien se comparait aux moyennes allemande et suédoise de 2022, que l’Allemagne et la Suède de 2025 n’atteignent plus.

Heureusement, la France a déjà pris des dispositions importantes pour redresser la barre : rue de Grenelle, la production réglementaire de la rentrée a ainsi consisté à étendre au lycée l’interdiction du téléphone et des objets connectés, « pour la concentration », au moment où l’OCDE associe l’usage pédagogique des appareils numériques à de meilleures performances et relève qu’environ 80 % des élèves dans le monde se servent déjà de l’IA pour apprendre.

Si interdire le smartphone récréatif n’est pas idiot, interdire l’outil sans avoir le moindre substitut pédagogique à l’échelle et appeler ça une politique constitue une nouvelle preuve de la paresse intellectuelle de nos dirigeants, pendant que le Salvador, lui, utilise finement les écrans que la France interdit.

En 1984, Benjamin Bloom établissait que l’élève moyen en tutorat individuel avec pédagogie de maîtrise grimpait à deux écarts-types au-dessus de la classe ordinaire. Il ajoutait aussitôt que la chose était trop coûteuse pour être déployée à grande échelle. Cependant, ce qui était trop coûteux il y a 40 ans devient possible de nos jour avec l’IA : on dispose à présent d’un modèle qui réexplique la division des fractions pour la onzième fois sans soupirer, coûtant à peu près le prix d’une photocopie.

La seule question intéressante est de savoir si ce pari tient ou pas. C’est malheureusement celle que la France a décidé de ne pas poser.

Au passage, on pourra noter, à raison, que l’école salvadorienne avance à coups de 501 millions de dollars prêtés par la Banque mondiale, de 100 millions de la BID et d’une dette publique autour de 90 % du PIB. Ce n’est donc pas encore un miracle fiscal ni une évaporation de l’État, loin s’en faut…

Mais c’est exactement ce qui irrite les dirigeants français : par rapport au Salvador, la France démontre en creux avoir un grave problème de cible. À 63 milliards, l’Éducation nationale produit des inspections, des télégrammes sur le masculinisme, un étranglement méthodique du hors-contrat et une instruction en famille refusée à un enfant sur quatre ; elle protège sa propre boutique.

Tant dans la sécurité que l’éducation, Bukele démontre que la politique est avant tout une affaire de volonté : celle de résoudre des problèmes concrets et d’accroître le bien-être de la population. Le contraste avec les politiciens européens, français en particulier, est particulièrement cruel. Il démontre sans la moindre pitié l’incurie de nos dirigeants, la nullité de la caste politicienne actuelle et affiche leur manque de courage pour ce qu’il est réellement : du sabotage.