Le 10 juin 2026, la revue Nature Communications publie une étude qui fait rapidement le tour des rédactions scientifiques de la planète, du New York Times à El País en passant par Il Post et l’agence EurekAlert. Son titre : Individual locomotor bias drives counterclockwise motion in pedestrian crowds.
Dans celle-ci, des chercheurs de l’Université de Navarre, en Espagne, et de l’Université de Tokyo y établissent, au terme de cinq campagnes expérimentales menées pendant plusieurs années en Espagne et au Japon, un fait aussi banal qu’inexpliqué : lâchez un groupe d’êtres humains dans un espace ouvert, demandez-leur de marcher, et ils se mettront spontanément à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Dans une première série d’essais, le phénomène est apparu dans 32 cas sur 33.
Le plus savoureux de cette étude est le fait que les auteurs reconnaissent avoir buté sur l’origine de ce biais : il ne dépend ni de la culture, ni du sexe, ni même de la latéralité, gaucher ou droitier, seul l’âge le module très légèrement, les plus jeunes l’exprimant un peu plus fort. Les chercheurs écartent les explications sociales, environnementales et visuelles, et finissent par évoquer prudemment une brisure de symétrie d’origine peut-être biomécanique ou vestibulaire (la synthèse de l’Université de Tokyo est lisible ici).
Le mot lâché dans la presse est éloquent : sérendipité, car la découverte fut accidentelle. Et le co-auteur Claudio Feliciani d’avouer que ce résultat peut sembler mineur et insignifiant, tout en y voyant l’indice d’une asymétrie profonde du corps humain.
Mais en pratique, l’état de l’art académique de juin 2026 ne fait que confirmer, à grand renfort de caméras aériennes et de cohortes hispano-japonaises, un comportement que le commerce libre a non seulement repéré, mais cartographié, monétisé et industrialisé depuis au moins trois décennies. Là où l’université parle de nouvelles pistes de recherche, le directeur de supermarché a déjà encaissé 30 ans de chiffre d’affaires. Cette étude montre en effet que, parfois, le marché est un processus de découverte qui devance la science, parce qu’il n’a pas besoin de comprendre pour exploiter ; il lui suffit d’observer, par l’incitation au profit, ce que des millions de clients lui répondent avec leurs pieds et leurs yeux.
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