Derrière l’œuf que vous cassez ce matin, il y a des décennies de science ! Des paillasses immaculées, des chercheurs penchés sur leurs boîtes de Petri, des protocoles minutieux, des comités qui se réunissent gravement pour trancher entre deux hypothèses concurrentes. Alors, certes, vous ne les voyez jamais, mais ils veillent et c’est bien pour cela que vous ne mourez pas en gobant des œufs.
D’ailleurs, en Europe, cette science a établi sans frémir qu’il ne faut surtout pas laver les œufs. Aux États-Unis, la même science a établi avec fermeté qu’il faut absolument les laver. Malin, non ?
Le texte européen est d’une clarté… disons administrative : les œufs de catégorie A « ne sont ni lavés ni nettoyés, ni avant ni après le classement », et ils « ne sont pas réfrigérés dans des locaux ou des installations dans lesquels la température est maintenue artificiellement au-dessous de +5°C ». C’était le règlement 589/2008, abrogé depuis par le règlement délégué 2023/2465, applicable au 28 novembre 2023, qui reconduit la règle à l’identique. Le motif est solide : le lavage abîme la cuticule, cette pellicule naturelle qui bouche les pores de la coquille, et un œuf réfrigéré qui revient à l’air libre « transpire », ce qui aide les bactéries à entrer. Voilà pour la Paillasse de Bruxelles.
Le texte américain est tout aussi limpide. Tout œuf classé par l’USDA doit être soigneusement lavé et désinfecté. Il doit ensuite être maintenu à une température ambiante n’excédant pas 45°F, soit 7°C, au stockage comme au transport, et la règle fédérale de 2009 sur la salmonelle impose la réfrigération à partir de trente-six heures après la ponte. Là encore, le motif est en béton : les salmonelles ne se multiplient pas bien à cette température, et il vaut mieux enlever ce qu’il y a sur la coquille que de compter sur une pellicule.
Les plus fûtés d’entre vous auront noté qu’on a donc deux protocoles (issus de deux paillasses et donc deux vérités quelque peu différentes).
Rassurez-vous, c’est scientifique !
Et puis d’ailleurs, il y a quelques États membres qui lavent leurs œufs, par dérogation historique accordée à ceux qui le pratiquaient déjà avant le 1er juin 2003, comme la Suède, notamment. Mais les œufs lavés ne peuvent alors être commercialisés que sur le territoire national, ce qui suppose que la même coquille, franchissant une frontière, change de statut sanitaire en cours de route. C’est un résultat hors paillasse intéressant, n’est-ce pas.
Pendant ce temps, outre-Atlantique, le service américain de sécurité alimentaire fournit quelques recommandations aux consommateurs qu’il est croustillant de mettre en face : celui-ci écrit qu’il n’est ni nécessaire ni recommandé de laver ses œufs chez soi, parce que l’eau risque d’être aspirée à travers les pores de la coquille et d’y emporter la contamination. Aux États-Unis, le même geste est donc obligatoire à l’usine et déconseillé dans votre évier. La différence tient à la température de l’eau.
On progresse. C’est ça, la science™, et on va voir qu’elle est finement utilisée et appliquée.
Et comme d’autres avant lui, cet article du Jeudi est donc ouvert à mes abonnés et lisible sur Substack ici et détaille la façon scien-ti-fi-que dont toutes ces normes sanitaires sont minutieusement appliquées…


N’y a-t-il pas de statistiques d’intoxication par les œufs qui permettraient de trancher le débat ?
Avant cela, y a-t-il la moindre volonté de trancher ce débat, en admettant qu’il y ait débat ? 😉
Ta gueule, le socialisme, c’est magique.
😀
Ben c’est dans le dossier.
Et la poule ? Elle était là avant l’œuf ou pas ?
De nos jours la question est plutôt, qui était là avant l’autre, le poulailler ou la poule ? Pour une poule socialiste, la réponse est évidente : le poulailler évidemment !
Et en Moselle on adore les oeufs « Hop là ».
perso, les œufs de mes poulettes je les mets au frigo et je les passe sous l’eau avant de les casser voilà !!!
Il faut les mettre dans un saladier empli d’eau , ceux qui flottent sont pour la poubelle
Au frigo, inutile.
oui il y a aussi « les oeufs cassés et les oeufs pas cassés »:
https://www.musicme.com/Fernand-Raynaud/videos/Les-Oeufs-Casses-34652D73624564707A4D6B.html
en parlant de virus…
pgibertie.com/2026/08/27/dissimulation-par-les-media-de-la-fabrication-du-virus-de-la-covid-le-mea-culpa-du-new-york-times/
Excellent article qui, avec cet exemple simple, illustre qu’il est de nombreux cas où l’écart entre deux pratiques inverses ne justifie pas de déclencher des guerres entre des partis qui s’écharpent pour rien.
La Science, la Vraie avec des morceaux de Double-Aveugle et de Consensus dedans, elle est dans un sale état.
Avant, elle refusait l’argument d’autorité dans le débat, mais depuis quelques décennies (je ne l’avais pas remarqué, ne baignant pas trop dans le milieu des scientifiques), elle préconise en tout premier lieu l’usage de cet Argument d’Autorité, à condition bien sûr qu’il ait reçu le « nihil obstat imprimatur » de la part d’autorités académique dûment répertoriée et avec le sceau d’une « Revue avec Evaluation par les Pairs », à condition que ladite revue fasse partie des Revues Prestigieuses.
Une américaine qui avait des poules chez elle m’expliquait qu’elle ne mangeait jamais leurs oeufs car elle savait que chez les oiseaux l’œuf sort par le cloaque, qui est une ouverture commune aux voies digestive, urinaire et reproductive. Elle croyait que les poules pondeuses élevées en batteries avait été sélectionnées à la suite d’une mutation qui séparait la voie digestive de la voie reproductive, comme chez les mammifères, en sorte que l’œuf sorte sans être directement contaminé par les matières fécales l
Le consensus scientifique va être un peu difficile à établir sur ce coup-là !
Cette obsession hygiéniste est complètement ridicule.
Je pense d’ailleurs que la sexualité va suivre le même chemin.
D’ailleurs ça ne baise plus guère en Occident.
ben oui, faut quand même faire gaffe aux moules pas fraîches pour pas être malade
Les plus obsédés par l’hygiènisme sont souvent des dégénérés, des types avec des gros problèmes dans leur slip.
J’ignore si c’est vraiment démontré par une étude en double aveugle, mais perso j’ai remarqué qu’effectivment les pires hygiénistes sont des gens pas bien dans leur tête (et sans doute ailleurs, je n’ai pas été tenté de vérifier)
Le fait est qu’ils m’insupportent.
Je ne sais pas si c’est très futé de ma part, Patron, mais je me demande si vous arriverez à atteindre le score de 236 commentaires de votre précédent billet, avec ce sujet, aussi « scien ti fi que » soit-il ?
Probablement pas, mais ce n’est pas grave.
C’est un vieux débat et une approche différente selon que l’on soit d’un côté ou non de l’atlantique.
Idem pour les carcasses de volailles, « chlorées » aux US mais pas en Europe.
Ainsi, les US ont une trouille bleue des fromages issus de lait non pasteurisé.
Au final, l’Europe et les US sont peu ou prou au même niveau de sécurité alimentaire, sachant que la part des aliments transformés est plus importante aux US (beaucoup d’écarts entre pays européens, les pays du sud en consomment moins que ceux du nord) et que la comparaison est difficile.
L’Europe a tendance à travailler en amont, les US en aval. Cela peut s’expliquer pour la géographie et l’éloignement des centres de productions/centre de consommation aux US qui les incitent à traiter les problèmes potentiels au bazooka.